Le projet prend ses racines dans une exploration cartographique des épaves de la rade de Brest. Ces objets immergés, vestiges d'activités passées, se sont révélés être de véritables catalyseurs de biodiversité, agissant comme des récifs artificiels. Partant de cette constatation, nous avons orienté notre réflexion vers une architecture non pas destinée à l'humain, mais pensée pour les organismes marins. L'enjeu a été de concevoir une structure répondant simultanément à des logiques de biodiversité, territoriales et militaires.
Notre intervention se matérialise sous la forme d'un nouveau territoire immergé, une île artificielle de 500 mètres de long agissant comme brise-lame pour protéger le port militaire de Lanvéoc. Elle se développe selon une trame alignée avec les amers existants et s'inscrit dans la continuité des dynamiques navales du site. L'île n'est ni accessible ni habitable par l'humain : elle est conçue comme une réserve active, un refuge pour les espèces marines, favorisant leur implantation par sa matérialité et sa porosité.
La structure s'appuie sur la technique d'accrétion minérale, inspirée des recherches de Wolf Hilbertz. En utilisant des fragments métalliques issus des frégates désossées, elle se minéralise progressivement grâce à un faible courant électrique, créant un substrat propice à la fixation d'organismes. Ce processus, amorcé artificiellement, se prolonge ensuite naturellement.
Le chantier naval de Lanvéoc devient le centre opérationnel de recherche et de production. Il est agrandi pour accueillir une halle de fabrication, lieu d'assemblage des modules et de recherche sur les matériaux. Par sa dimension territoriale, le projet engage Lanvéoc dans une nouvelle temporalité de reconversion navale qui pourra aller au-delà de l'objet brise-lame produit pour la marine, en se répendant dans toute la rade de Brest.